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Direction Londres, et plus précisément The Wallace Collection, un magnifique musée rassemblant objets d’art et tableaux du XVIIème siècle, et qui propose jusqu’au 16 octobre l’exposition « Inspiring Walt Disney : The Animation of French Decorative Arts » qui avait été présentée de juin 2021 à mars 2022 au Metropolitan Museum of Art de New York. Tout simplement Magique !

« Inspiring Walt Disney : The Animation of French Decorative Arts » est une exposition au sujet originale, qui se concentre sur la fascination personnelle de Walt Disney pour la France et la culture française, et sur la manière dont les artistes des Walt Disney Animation Studios, se sont tournés vers les œuvres d'art françaises du XVIIIème siècle pour réaliser certains des plus grands succès de l’histoire du cinéma d’animation.
C’est bien simple, « Inspiring Walt Disney : The Animation of French Decorative Arts », est l’une de ces expositions dont le visiteur en ressort ébloui, d’une, de par le sujet traité, et de l’autre, de par les pièces qu’il découvre au fur et à mesure de sa déambulation. Et autant vous dire qu’ici le fan Disney aura des étoiles plein les yeux, tant les œuvres présentées sont de véritables trésors !

Ce sont plus de 120 œuvres d’art et œuvres sur papier provenant directement de la Walt Disney Animation Research Library et des Walt Disney Archives, ainsi que 30 œuvres d’arts décoratives et de design européens du XVIIIème siècle, qui sont exposées ici, pour le plus grand bonheur des visiteurs. Esquisses, gouaches, pastels, préparatoires aux films d’animation sélectionnés, ainsi que de précieuses pièces de mobilier comme des porcelaines de Sèvres, pendules, torchères ou tableaux sont présenté ici au public. C’est à travers de ces nombreuses pièces que « Inspiring Walt Disney The Animation of French Decorative Arts » révèle les liens et met en lumière le savoir-faire suprême, la technologie de pointe et le génie créatif qui ont été à la base de l'art décoratif français du XVIIIème siècle et du dessin à la main.
La juxtaposition de l'une des formes d'art les plus emblématiques du XXème siècle avec ces magnifiques objets, offre non seulement un regard sans précédent sur l'impact qu’on eut les œuvres d'art françaises sur les productions des studios Disney des années 1930 à nos jours, mais nous permet également de comprendre quelque chose de l'esprit et l'humour des innovateurs du Rococo, qui transformaient les objets du quotidien en œuvres de génie.

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Organisée de façon thématique et chronologique, le visiteur découvre dans la première partie intitulée « The Discovery of Europe »,  la fascination de Walt Disney pour la France et plus généralement pour le Vieux Continent qu’il visita souvent. De ces visites, qui l’influencera lui et ses studios, il rapportera dans ses valises une vaste collection de 330 livres illustrés européens ayant trait aux fables et contes de fées, dont nous retrouvons certains exemplaires exposés là. Le visiteur peut également découvrir un film constitué d’images personnelles relatant les visites de Walt et sa famille en France. Un pur bonheur !

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« Early Animation » présente une série de figurines en porcelaines française et allemande, ainsi que des esquisses et dessins préparatoires de deux « Silly Symphonies » : « The Clock Store » (1931) et « The China Shop » (1934) dont il est intéressant de voir l’extrême minutie apportée aux détails.
Le rapport ? Les deux figurines allemandes exposées ici et produites en 1750 par la Manufacture Höchst ont été inspirées de scènes pastorales du peintre rococo français Antoine Watteau, et ont-elles-mêmes inspirées les premiers animateurs des studios Disney pour la création de personnages dans les courts-métrages précédemment cité.

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Le visiteur entre ensuite dans la partie dédiée au film d’animation « Cendrillon » (1950) qui rend hommage au travail des artistes féminines qui ont révolutionnées l’esthétisme des long-métrages animés telles que Bianca Majolie et Mary Blair, dont les œuvres ont apportées tant de caractère et de dynamisme aux films des années 1940 et 1950. Cette galerie illustre davantage le processus complexe du travail d’animation à la main, un travail d'équipe qui a des parallèles avec les ateliers d'art décoratif du XVIIIème siècle. Dans cette section, nous ne restons pas insensibles face aux œuvres de Mary Blair et aux 24 dessins qui ont servi à la réalisation de la scène de transformation de la robe de Cendrillon. Enchanteur ! « Inspiring Walt Disney : The Animation of French Decorative Arts », c’est également ça, une occasion comme il en est rare de pouvoir admirer dans les moindres détails, des trésors qui ont façonnés l’histoire des studios Disney, et tout simplement l’histoire du cinéma.

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La section suivante du nom de « Architecture of the Imagination » revient sur le développement des châteaux de « Cendrillon » et de « La Belle et la Bête ». Le visiteur découvre différentes ébauches s’inspirant directement des châteaux de Versailles et de la Vallée de la Loire.
Cette partie consacrée en grande partie à « La Belle et la Bête » qui fête cette année son 30ème Anniversaire, révèle également de nombreuses études préparatoires de Hans Bacher explorant différentes atmosphères des intérieurs du château.
Dans cette section, les deux pièces les plus luxueuses sont deux magnifiques vases en porcelaine de Sèvres (les deux seuls existant au monde) réunis spécialement pour l’exposition. Ils ont été prêtés par le Metropolitan Museum of Art de New York et la Huntington Library de Californie.

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Dans la partie intitulée « The Swing », nous faisons face au magnifique et célèbre tableau « Les hasards heureux de l’escarpolette » de Jean-Honoré Fragonard fraîchement restauré. Le visiteur apprend alors que ce tableau a servi d’inspiration aux équipes créatives de « La Belle et la Bête » pour la première version de la séquence d'ouverture, dans laquelle elle devait montrer Belle, vêtue d'une robe rose, assise sur une balançoire, poussée par son père. Cette scène, la voici devant nous sous forme de concept-art, un privilège rendu possible grâce au formidable travail de conservation de la Walt Disney Animation Research Library.
Au final, cette scène n'a pas été intégrée à la version définitive, mais son impact sur les artistes Disney n'a pas été oublié. En effet, on retrouve ce célèbre tableau « disneyisé » dans une scène de « La Reine des Neiges » mais également sur l’un des dessins préparatoire de « Raiponce » par Lisa Keene.

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Les artistes des Walt Disney Animation Studios explorent à de nombreuses reprises le style visuel et vestimentaire de la mode française du XVIIIème siècle. En plus des modes représentées dans les peintures, ils avaient accès à la bibliothèque de référence que Walt Disney avait contribué à constituer, qui contenait plusieurs volumes illustrant la garde-robe du XVIIIème siècle. Cependant, l'extravagance et les tons pastel de la mode masculine en particulier, risquaient de saper la crédibilité et l'attrait masculin d'un héros princier pour un public américain du XXème siècle. La complexité du costume de cour du XVIIIème siècle s'est également avérée trop compliquée pour une animation dessinée à la main, ce qui peut expliquer pourquoi « Les Habits Neufs de l'Empereur », un court-métrage d'après le conte de Hans Christian Andersen, et pour lequel James (Jim) Bodrero a produit de ravissantes esquisses en 1940, n’a jamais vu la lumière du jour. Cela a également été à l'origine de la décision de déplacer l’action de « Cendrillon » et de « La Belle et la Bête » au XIXème siècle, même si les premiers modèles avaient tenté d'embrasser les volants et la dentelle du rococo. C’est donc cela que raconte cette section intitulé « Eighteenth-Century Dress » à l’aide de quelques dessins préparatoires de personnages pour les œuvres citées précédemment.

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Enfin, la dernière partie « Animating the Inanimate » (« Animer l’Inanimé »), thème central de l’exposition revient une nouvelle fois sur « La Belle et la Bête » LE long métrage d'animation dans lequel l'art décoratif prend vie. Dans cette vaste section, qui illustre comment les animateurs de Disney ont trouvé des moyens de donner vie à ces objets inanimés, le visiteur termine sa visite par la découverte de croquis des personnages du film  exposés aux côtés d’horloges, de chandeliers et de théières du XVIIIème siècle ayant peut-être inspiré Big Ben, Lumière et Mme Samovar. Cette partie s’achève avec trois dessins ayant servis à la réalisation du court-métrage « De l’Autre Côté du Miroir » (1936) avec Mickey Mouse, dans lequel les artistes des studios ont exagéré les aspects physiques du mobilier de la maison pour lui donner des émotions humaines. Un véritable régal pour les yeux !

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« Inspiring Walt Disney : The Animation of French Decorative Arts » est sans aucun doute l’exposition à ne pas manquer lors de votre passage dans la capitale britannique. Etablissant de nouveaux liens entre les créations magiques des artistes des studios Disney et leurs modèles artistiques, tout en revenant sur la passion qu’entretenait Walt Disney pour l’art européen, et l’utilisation de motifs français dans les films Disney, « Inspiring Walt Disney : The Animation of French Decorative Arts » est une véritable petite merveille que nous conseillons à toutes et à tous ! De plus, un audio-guide inclus dans le prix de la visite et comprenant de nombreuses anecdotes contées par les équipes créatifs des Walt Disney Animation Studios et Angela Lansbury est un atout de plus, qui permet de mieux s’immerger à l’intérieur des œuvres présentées.
 Les fans apprécieront de découvrir des pièces rarement exposées prêtées par la Walt Disney Animation Research Library, tandis que les autres visiteurs se laisseront porter avec le sourire par cette ambiance tout simplement magique.
Cependant, on regrettera peut-être que cette version londonienne de l’exposition ne présente pas l’intégralité des pièces exposées au Metropolitan Museum of Art de New York (120 à Londres contre 150 à New York) et qu’elle n’est pas fait un petit arrêt à Paris, qui aurait été légitime de la recevoir en son sein.
« Inspiring Walt Disney : The Animation of French Decorative Arts » est un bel hommage à l’art de l’animation, à l’art décoratif français du XVIIIème siècle et surtout à ces artistes et artisans, qui dans les deux cas ont su, et continue de créer le rêve !